Ukraine sous épiscopes (3ème partie)

Alors que je comptais, moi aussi, parmi les observateurs estimant que l’offensive russe ne durerait pas plus d’un mois, je reconnais maintenant, non sans une grande admiration, l’efficacité de la résistance des Ukrainiens.

Encore une fois l’Histoire se répète, une armée d’invasion, aussi puissante soit-elle ne parvient que rarement ou très difficilement à vaincre un peuple motivé en armes. Les Russes en avaient pourtant fait l’expérience en Finlande en 1940. Nous-mêmes nous en étions aperçus lorsque Napoléon dut quitter Moscou en novembre 1812, les idées de notre révolution ne faisant plus recette dans les contrées enneigées, du moins pour un siècle encore.

Le Kaiser Guillaume, puis Hitler, finalement bien peu visionnaires, ne comprirent pas la leçon… Puis ce fut 7 millions d’Israéliens encerclés par un ennemi 100 fois supérieur en nombre, une grande partie du peuple vietnamien de même s’opposant victorieusement à l’immense capacité de destruction des Américains, sans oublier les Russes, puis les Occidentaux en Afghanistan…

Espérons que nos brillants stratèges sauront retenir les enseignements du conflit en Ukraine et que nous parviendrons, très vite, à réorganiser notre défense nationale pour soutenir, s’il le fallait, une guerre de haute intensité à caractère conventionnelle qu’ont coupablement ignorée nos politocards.

Sauter comme un cabri en criant « la dissuasion ! la dissuasion ! », rappelle la grotesque crédulité de ces pacifistes qui criaient : « La ligne Maginot ! La ligne Maginot !». N’oublions jamais la suite de ce choix stratégique des années 1930, un choix bien confortable puisqu’il limitait toute initiative intellectuelle…

Le courage des réservistes ukrainiens maniant drones, missiles antiaériens ou roquettes antichars doit nous inciter à retrouver une forme de service militaire qui permette en 48 heures de tripler les effectifs des Armées pour défendre nos libertés sur le territoire national, métropolitain et ultramarin avec des matériels modernes.

Mais revenons à ces hypothèses qu’il importe d’imaginer pour la suite du conflit actuel. Ainsi quelles sont les constats et les projections que nous pouvons, dès à présent en tirer ?

De fait tout le déroulement du conflit repose pour l’instant sur un homme fort, Vladimir Poutine. Mais un homme peut devenir très faible selon son environnement. Concernant la position de M. Poutine, trois hypothèses sont alors possibles :

  • H1 : Poutine est vraiment et gravement malade et il peut quitter ce monde d’une maladie qui le frapperait rapidement. Nous n’en savons rien, mais si la santé du Président russe semble aujourd’hui peut-être un peu compromise, le constat d’une certaine vitalité s’impose au regard de son attitude.
  • H2 : Le mouvement d’opposition en Russie s’empare en quelques jours de la rue. C’est possible mais la répression sera certainement d’une brutalité exceptionnelle. Les Russes le savent et ils ont pris l’habitude de supporter la tyrannie au cours de siècles de tsarisme et de 70 ans de dictature communiste. Ils ne bougeaient pas devant la menace d’une répression extrêmement brutale…
  • H3 : Une révolution de palais élimine le Président russe, pour mettre en place un gouvernement qui commencera par négocier un cessez-le-feu en Ukraine.

Cette troisième hypothèse semble la plus envisageable sur le court terme. D’abord parce que la Russie s’est placée dans une situation très compliquée.

La guerre se prolongeant, les pertes russes se comptent en dizaine de milliers ce qui devient de moins en moins supportable pour une nation qui sait qu’elle est depuis le début des combats l’envahisseur. L’opinion publique russe comprend, en effet, que ce pouvoir néo-nazis qu’il fallait détruire chez la petite sœur ukrainienne n’est finalement qu’un prétexte dans le cadre d’une stratégie qui viserait à rétablir la Grande Russie. Rétablir la Grande Russie, retrouver une influence territoriale qui fut celle de l’Union soviétique consisteraient évidemment à ne pas se limiter à la seule annexion du Donbass, après la Crimée.

L’opinion publique russe soutiendrait très certainement une réaction des prétoriens et des néo-aristocrates du Poutinisme.

De plus, la Russie entre dans une crise économique très grave. Certes elle garde l’avantage de ses richesses naturelles, mais elle se prive d’investissements de sociétés étrangères, elles-mêmes attirées par la qualité des techniciens russes et les faibles coûts de production locaux.

En menaçant de couper les livraisons d’hydrocarbures à l’Occident, Moscou prend également un risque financier énorme. Il faut reconnaître que cette guerre conduit à une crise économique mondiale majeure dont aucun état ne pourra tirer avantage finalement.

Enfin, les premières victimes de cette crise sont les oligarques qui constituent les courtisans les plus proches du régime moscovite. Combien de temps accepteront-ils de sacrifier leur niveau de vie ? La contestation prend forme dans ce milieu puissant qui tient les rênes de l’économie russe. Les récents assassinats d’oligarques russes et de leurs familles en Espagne pourraient en apporter l’évidence.

Certes, rien n’est pour l’instant prouvé, mais les deux derniers « suicides » laissent supposer une possible action des services secrets de Poutine.

Or, il n’y a rien de plus dangereux qu’un oligarque véreux dont la fortune est bloquée en Occident et qui se sent possiblement menacé par les sbires du système, n’est-ce pas… ?

En revanche, si Poutine conserve encore quelques temps le pouvoir suprême, il faut alors imaginer le pire c’est-à-dire l’emploi d’armes de destructions massives. Sûrement pas l’arme nucléaire stratégique destructrice d’immenses territoires et de grandes cités, mais l’utilisation de vecteurs de moyens chimiques, voire bactériologiques, entraînant de nombreuses victimes et une légitime terreur des populations.

Le plus grave serait l’emploi de l’arme nucléaire tactique consistant en une frappe très localisée sur un regroupement de forces armées très concentré au préalable d’une attaque ou d’une contre-attaque. Cette éventualité ne doit pas être ignorée. La réflexion stratégique comme tactique se doit d’imaginer, de manière exhaustive, tous les types de menaces.

Jusqu’où bluffera Poutine, qui est probablement en train de perdre la Bataille de l’Ukraine, pour gagner la guerre du Donbass ? Est-ce du bluff comme au Poker ou bien joue-t-il à la roulette russe ?

Pendant ce temps les Chinois contemplent sans épiscope ce pitoyable spectacle géopolitique. Ils sont maîtres en gestion du temps. Ils observent les gesticulations d’un Poutine qui ruine son pays en le soutenant du bout des lèvres… Ils regardent surtout du côté de l’Occident.

Ils s’amusent des rodomontades du vieux Biden et de sa relance à plein rythme de sa planche à billets pour financer les efforts ukrainiens.

Ils ne s’interrogent plus sur les capacités européennes fort réduites. Sur les Britanniques qui ne firent rien pour imposer le respect des accords de Hong Kong, sur ces Présidents Français qui ont sacrifié leur puissance militaire à une Europe toujours inutile puisqu’incapable de se projeter en matière de défense.

Ils lorgnent sur Taïwan, personne n’est dupe. Mais Ils réfléchissent également sur les moyens de faire sauter ce verrou de leur encerclement océanique que représente la Nouvelle Calédonie… de ces deux patrouilleurs et de cette frégate rouillée qui constituent la seule défense côtière de notre archipel néo-calédonien.

Biden joue au poker diplomatique, Poutine pratique la roulette russe économique… Johnson fait rien qu’à copier ses alliés du grand large, Macron et Scholz découvrent les règles de la géopolitique…

Pendant ce temps, Xi Jinping imagine son prochain coup au jeu de go.

Secrétaire Général pour

Natif de Mulhouse et habitant aujourd’hui les Pyrénées centrales, j’ai la France dans la peau.
Après Saint Cyr, j’ai servi comme Officier dans les Bataillons de Chasseurs Mécanisés passant la moitié de ma carrière dans les Forces Françaises en Allemagne.
J’ai quitté l’Armée comme jeune Commandant pour entrer dans l’Industrie nucléaire où j’ai servi 26 ans.
J’ai exercé les fonctions de PDG d’Areva-LMC (logistique de la matière nucléaire) puis de DG de Westinghouse en Europe et en Afrique du Sud.
Je parle plusieurs langues étrangères et j’ai rédigé des romans ainsi que des manifestes politiques.
Bonapartiste de toujours l’effondrement de mon pays, le reniement de son Histoire, et le mépris de son Peuple me sont insupportables. Surtout lorsque cette situation résulte de l’activité de piètres personnages au plus haut niveau de responsabilité politique ou économique.
J’ai rejoint France Bonapartiste et l’Appel au Peuple pour participer activement au redressement de la Nation en trouvant l’inspiration dans l’œuvre de nos deux Empereurs.