Les excès de Poutine nous placent devant un miroir

« Un peu d’internationalisme éloigne de sa patrie, beaucoup d’internationalisme rapproche de sa patrie » déclarait Jaurès… Cette citation résonne comme une question du Bac.

Elle nous invite à réfléchir et devient bien opportune aujourd’hui. Nous reprochons souvent aux dirigeants français de ne pas assez observer ce qui se passe ailleurs. Aujourd’hui, la crise qui résulte des tensions russo-ukrainiennes, nous amène à constater que la France a perdu ce rôle international qui reposait sur sa puissance et son indépendance.

Une vision objective de la situation en Ukraine, des positions excessives du président Poutine et de l’influence parfois néfaste des Etats-Unis sur les politiques européennes confirmera ce constat.

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L’actuel dirigeant de l’Ukraine ne fait pas le poids politique devant Poutine. Il a une perception primaire de la situation et tient des propos très maladroits. Volodymyr Zelenski est un ancien comédien dont la candidature surprise bénéficia du soutien de l’oligarchie ukrainienne. Pour lui, les Ukrainiens n’ont pas d’autre choix, face à la menace russe, que de s’allier aux Occidentaux, dont ils sont, il est vrai, assez proches.

Zelenski souhaite devenir membre de l’OTAN et le répète très fréquemment dans ses discours. Parallèlement, l’OTAN depuis des années multiplie les manœuvres d’envergure dans les Pays Baltes et en Pologne qui ont des frontières communes avec la Russie et sa fidèle alliée biélorusse.

Vladimir Poutine n’a donc pas complètement tort en affirmant que les accords de Minsk de 2015 ne sont pas respectés. Ces accords, après une crise grave qui aboutit à l’annexion de la Crimée par la Russie, mirent fin au premier conflit ouvert entre l’Ukraine et la Russie à condition que les deux pays cessent les attitudes hostiles l’un contre l’autre. François Hollande et Angela Merkel participèrent aux négociations. Leur présence engageait de facto leurs alliés de l’OTAN.

Le soutien, longtemps nié officiellement, des Russes aux indépendantistes russophones du Donbass et la reconnaissance toute récente de l’indépendance du Donetsk et de Lougansk sont des signes incontestables d’une volonté de répondre aux provocations occidentales.

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Pour faire de la géopolitique et comprendre les relations entre les puissances, il existe deux règles fondamentales.

D’abord tenter de se mettre à la place de son voisin, de son allié, ou de son ennemi pour essayer de comprendre leurs stratégies. Ensuite regarder avec attention un planisphère en cherchant à identifier la perception sécuritaire de son voisin, de son allié ou de son ennemi. Ne pas faire ce minimum d’effort conduit à une perception erronée des situations régionales.

C’est ainsi qu’on peut comprendre que l’Ukraine se sente proche des Occidentaux, malgré 1000 ans d’histoire commune avec la Russie dont Kiev fut un temps la capitale, et en dépit d’une partie russophile très importante de sa population. Elle contemple d’ailleurs avec envie la Pologne, sa voisine septentrionale, catholique et slave, membre de l’OTAN et de l’Union Européenne.

La Russie de Poutine, de son côté, constate amèrement que l’Otan, malgré des engagements d’ouverture à la fin de la guerre froide, continue d’avancer des pions. Elle entend les discours de Boris Johnson déclarant il y a moins de deux ans que la Russie continuait d’être un ennemi potentiel majeur et prioritaire. Elle perçoit le discours d’un Président Biden manipulé par son entourage wokiste, qui condamne une Russie certes belliqueuse, mais ne recherche aucune solution.

L’OTAN n’est plus une alliance défensive, c’est l’arme des Américains face à la Russie.

Observons donc ce planisphère que Biden n’a pas dans son bureau ovale mais que Poutine, ancien du KGB possède bien en tête.

La Russie de facto est victime de ce qu’on pourrait nommer le vieux syndrome allemand. Cette perception d’encerclement par des puissances qui pourraient vous vouloir du mal. A l’Ouest il y a ces occidentaux, américains et européens, qui font grandir leur influence sur l’Europe centrale. Au Sud-Est, la nouvelle super puissance qu’est la Chine avec laquelle La Russie dispose de milliers de kilomètres de frontières communes, si difficiles à garder.

Pour le moment la Russie ne craint rien dans sa partie asiatique. Mais au Sud, il y a aussi ces Turcs et la puissante armée d’Erdogan qui réussit à humilier les Français au large de la Lybie et dans les eaux territoriales grecques…

Alors Poutine estime que l’Ukraine ne peut en aucun cas tomber sous influence occidentale. Son annexion rétablirait la Grande Russie… Au moins, et dans un premier temps, s’agirait-il d’obtenir sa neutralité voire sa démilitarisation.

Quand on a affaire à des faibles, les Européens, ou à des ignorants, Joe Biden et son équipe, il faut donner l’impression qu’on exige le maximum, c’est-à-dire l’annexion, pour obtenir le minimum, la neutralité de l’Ukraine. Enfin Poutine est persuadé que les Américains sont devenus non interventionnistes. Il n’est pas le seul.

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Le Royaume Uni depuis le Brexit a décidé cependant de se placer dans le sillage des Etats-Unis. L’Allemagne en abandonnant le nucléaire a plus que jamais besoin du gaz russe comme le démontrent ses efforts, très contestables, d’en faire une énergie verte. Les gesticulations d’Olaf Scholz décidant de suspendre la construction de Nord Stream II ne sont que des effets de manche, car l’Allemagne a un besoin absolu du gaz russe.

La vulnérabilité énergétique allemande est si flagrante, que le Chancelier ne tiendra pas longtemps et poussera, à terme, vers un compromis avec les Russes.

Il reste la France. Voilà qui tombe fort bien, son Président est devenu pour quelques mois Président du Conseil de l’UE.

D’abord Emmanuel Macron est réputé pour être l’homme du slalom politique et du ralliement fréquent aux thèses de ses interlocuteurs.  Quelle aubaine pour le Président russe…

Ensuite la France a délaissé sa défense nationale. Malgré la répétition des opérations extérieures le budget n’a pas été augmenté depuis 20 ans. L’armée française, excellente dans des opérations de projection ponctuelle, n’est plus l’outil nécessaire à une diplomatie d’envergure mondiale. En recherchant, quoi qu’il en coûte, une défense européenne qui reste une chimère, en continuant à être un membre assidu de l’OTAN malgré les trahisons turques, australiennes et américaines, la France a sacrifié son rôle diplomatique. Même Joe Biden rend visite d’abord au Chancelier allemand, avant de rencontrer le chef de l’Etat français. Du jamais vu en 240 ans…

Poutine sait que la France a proposé de partager la décision d’emploi de sa dissuasion avec les Européens. Il sait que les diplomaties allemande et française travaillent pour finaliser le partage d’ambassades communes… Il comprend que la France ne pèse plus beaucoup sur la scène géopolitique. La faute à l’économie française ? absolument pas ! Poutine est un ancien soviétique, il sait que la Russie dispose de la plus importante force militaire en Europe en dépit d’un PIB de l’ordre de 75% du PIB français…

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En conclusion, Vladimir Poutine a décidé d’agir violemment parce que la situation lui est momentanément très favorable.

En face de lui, des leaders politiques dispersés et qu’il estime « bien peu au niveau » pour entrer dans le jeu géopolitique. Il obtiendra, au mieux, l’annexion de l’Ukraine mais il n’y croit pas vraiment et se contentera des régions russophones et de la neutralisation de ce pays.

Nous avons à nouveau une preuve flagrante de l’inutilité de l’Union Européenne au niveau de la défense et de la diplomatie. Nous constatons encore la vision étroite du président et du gouvernement américains.

Nous ne pouvons que déplorer que les 30 piteuses, ces années qui correspondent à notre déclin économique, coïncident également à notre affaissement militaire et donc diplomatique.

 

 

 

Secrétaire Général pour

Natif de Mulhouse et habitant aujourd’hui les Pyrénées centrales, j’ai la France dans la peau.
Après Saint Cyr, j’ai servi comme Officier dans les Bataillons de Chasseurs Mécanisés passant la moitié de ma carrière dans les Forces Françaises en Allemagne.
J’ai quitté l’Armée comme jeune Commandant pour entrer dans l’Industrie nucléaire où j’ai servi 26 ans.
J’ai exercé les fonctions de PDG d’Areva-LMC (logistique de la matière nucléaire) puis de DG de Westinghouse en Europe et en Afrique du Sud.
Je parle plusieurs langues étrangères et j’ai rédigé des romans ainsi que des manifestes politiques.
Bonapartiste de toujours l’effondrement de mon pays, le reniement de son Histoire, et le mépris de son Peuple me sont insupportables. Surtout lorsque cette situation résulte de l’activité de piètres personnages au plus haut niveau de responsabilité politique ou économique.
J’ai rejoint France Bonapartiste et l’Appel au Peuple pour participer activement au redressement de la Nation en trouvant l’inspiration dans l’œuvre de nos deux Empereurs.